Guerre de l'IA, guerre de la hype
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Édito
Par Ambroise Garel
Si vous avez quitté votre grotte cette semaine, ne serait-ce que le temps d’aller remplir le frigo, vous n’avez pas pu rater le grand shitstorm du moment : prétextant un risque de sécurité, le gouvernement américain a demandé à Anthropic d’interdire l’accès à ses modèles Mythos et Fable à tous les ressortissants étrangers — y compris ceux résidant sur le territoire américain et, croyez-le ou non, à ses propres employés non-nationaux. Comme c’est bien évidemment impossible, l’entreprise n’a eu d’autre choix que de couper totalement l’accès à ses deux modèles de pointe.
Rappelons que Fable, qui venait tout juste d’être rendu public, est une version « sécurisée » du modèle de pointe Mythos, censée refuser de répondre à des questions sur des sujets sensibles, comme la cybersécurité ou la création d’agents chimiques et biologiques. C’est après avoir appris qu’une équipe d’Amazon avait réussi à jailbreaker le modèle et à obtenir des réponses concernant des sujets interdits que l’administration Trump, qui parlait déjà depuis quelque temps de soumettre les IA à des autorisations de mise sur le marché, aurait pris sa décision. Telle est en tout cas la version officielle. Peut-être la rancœur des trumpistes envers Anthropic depuis que l’entreprise a refusé de collaborer avec le Pentagone a-t-elle également joué, ainsi que la crainte de voir des modèles de pointe made in USA copiés par des distillateurs chinois. Qu’importe. Dans tous les cas, cette histoire est fascinante.
Elle résume en effet toutes les contradictions de l’IA et des discours à son sujet. À première vue, quoi qu’on pense du gouvernement américain, il n’y a rien de particulièrement condamnable ni original dans le fait de refuser que soit mis sur le marché un produit qui présente des risques, au moins en attendant d’y voir plus clair. Dans le cas de l’IA, on peut même penser qu’il aurait fallu le faire plus tôt. De même, il est tout à fait banal pour un pays de restreindre l’export d’une technologie offrant un avantage crucial en matière de défense ou de sécurité. OK, dans ce cas précis, ça a été fait n’importe comment et en catastrophe, mais bon, c’est l’administration Trump, difficile de s’attendre à autre chose.
Sauf que le risque, contrairement par exemple à celui posé par un système d’armement, est mal identifié. Mythos est sans l’ombre d’un doute très puissant, mais la communication d’Anthropic, qui le présente comme une sorte de passe-partout capable de casser comme des noix tous les systèmes informatiques, relève surtout du coup de pub — Louis Adam en avait parlé ici même dans sa chronique. L’IA est une industrie dont le marketing consiste en grande partie à survendre les capacités de ses produits, allant régulièrement jusqu’à les présenter comme des menaces pour la survie de l’humanité. Et si aujourd’hui ce marketing de la peur semble se retourner contre Anthropic (qui en est réduit à expliquer au gouvernement que « non, vous savez, en fait nos modèles ne sont pas si puissants que ça »), il est probable que l’entreprise y gagne à moyen terme : préparer son entrée en Bourse auréolé de la hype entourant un produit si puissant qu’il a dû être interdit, désolé, mais c’est la classe.
De l’autre côté de l’Atlantique et dans un rare moment d’union, tous les politiques français se sont inquiétés en chœur de cette interdiction, évoquant le début d’une « guerre de l’IA ». Gabriel Attal a même prédit que, si elle restait dépendante des États-Unis faute d’investissements massifs dans l’IA, la France serait condamnée à « l’appauvrissement général » et nos enfants à « servir du café aux Américains ou du thé aux Chinois ». Rien que ça.
Tout n’est pas absurde dans ces discours apocalyptiques. La souveraineté numérique est un enjeu crucial, et l’est encore davantage depuis la réélection de Trump. Défendre la compétitivité des entreprises, se soucier des dangers posés par l’irruption d’une nouvelle technologie, sont des soucis parfaitement légitimes pour un État et pour n’importe quel décideur public ou privé.
Mais les discours au sujet de l’IA sont tous si hyperboliques qu’il devient difficile de les prendre au sérieux. « L’IA pose un risque existentiel », hurlent ceux qui ont tout à gagner à exagérer ses dangers. « Si nous n’investissons pas massivement dans l’IA alors demain nous mangerons tous des racines », s’écrient ceux qui bénéficient de ces investissements et les politiques qui rêvent toujours d’arracher des points de croissance grâce au dernier progrès technique à la mode, alors même que les gains de productivité massifs que l’IA est censée apporter restent très hypothétiques.
Oui, la démocratisation de LLM de plus en plus puissants présente des risques. Oui, il est vraisemblable que l’IA, sur le long terme, fournisse un avantage important aux pays qui en sont maîtres. Seulement, à la mi-2026, ses effets ne sont pas encore si visibles. Et, faute de mieux, nous en sommes réduits à croire ceux qui ont le plus de raisons de nous mentir.
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Le triste monde tragique de la technologie
Notre revue de presse de la tech déchaînée, par Ambroise Garel
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Usine-digitale.fr. Deux décisions de justice européennes viennent de mettre un bâton dans les roues de Google, qui compte toujours remplacer les résultats de recherche traditionnels par des synthèses IA. En Allemagne, un tribunal a jugé que les résumés IA étaient « les mots de Google » (ce qui est très mignon, on dirait le nom d’un abécédaire pour enfants) et engageaient donc la responsabilité de l’entreprise en cas de mensonges ou de diffamation. En Angleterre, il a été accordé aux éditeurs une sorte de droit de retrait les autorisant à refuser, sans pénalité de SEO, que leur site soit intégré aux résumés IA.
CommonSenseMedia.org. Pour les amateurs d’histogrammes avec de jolies couleurs, signalons ce magnifique PDF rempli de chiffres sur l’usage des IA par les enfants et ados américains.
404Media.co. De ChatGPT à Claude en passant par Gemini, tous les grands LLM sont obsédés par un type du nom d’Elias Thorne. On le retrouve dans des centaines d’articles générés par IA et de livres auto-édités, où il exerce souvent la profession d’explorateur ou de gardien de phare. À ma grande déception, ce nom n’est pas celui d’un type mort électrocuté dans un datacenter qui hanterait depuis les couloirs d’Internet, mais un artefact présent dans les premiers datasets d’entraînement dont descendent tous ceux utilisés aujourd’hui.
Stanford.edu. Lors d’une étude à l’aveugle réalisée aux États-Unis, les professeurs de droit ont préféré les réponses d’un LLM à celles de leurs collègues. Comme quoi, même les juristes n’aiment pas les juristes.
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La semaine du jeu vidéo
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L’article gratuit de la semaine : Pourquoi jouer sur Steam Deck est une faute spirituelle
Et aussi :
En chantier : Paralives
À venir : 1666 Amsterdam
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Le contenu de la semaine
Fraîchement cueilli dans les fermes de contenu d’Internet
Rassurons les plus pessimistes d’entre vous qui se poseraient la question : oui, cette vidéo est une fiction. En tout cas pour l’instant.
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