Le Pavé numérique

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L'IA nous rend la vie plus facile et ce n'est bon pour personne

Lisez jusqu'à la fin pour de la musique assistée par ordinateur de 1960 et des jeux à -85 %

avr. 29, 2026
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man and woman seating on gray hammock beside trees during daytime
Photo d’Esther Tuttle sur Unsplash

Édito

Par Ambroise Garel

Qu’on soit hostile, sceptique ou enthousiaste à son sujet, on a tendance à penser les effets de l’IA sur le monde du travail avec une grille de lecture très économique. On peut s’inquiéter de la destruction d’emplois et la déqualification de professionnels dont le rôle sera réduit à celui d’assistants du LLM, avec les conséquences salariales qu’on imagine. On peut penser que l’IA va entraîner un bouleversement massif de nos sociétés qui sera l’occasion d’inventer de nouveaux systèmes de redistribution, pourquoi pas la création d’un revenu universel — ou en douter. On peut se demander où sont les gains de productivité promis, qui plus de trois ans après ChatGPT n’apparaissent toujours pas dans les données macroéconomiques — mais aussi se dire que cela ne prouve pas qu’ils n’auront pas lieu. Dans tous les cas, c’est affaire de gros sous.

Or si l’effet de l’IA sur la productivité et les courbes du chômage continue à être discuté (et discutable), son principal impact, qu’on constate déjà un peu partout même s’il échappe aux tableaux des comptables, a été de rendre plus abordables bon nombre de tâches dont la finalité n’est pas mercantile. Un changement invisible dans les courbes du PIB, mais peut-être plus crucial pour la structure de nos sociétés.

En effet, lorsque nous choisissons de ne pas entreprendre une tâche, ce n’est le plus souvent pas faute d’argent mais pour des raisons qui tiennent à ce qu’on appelle la friction : elle demanderait un effort trop important, nous sommes trop intimidés ou pas assez motivés pour nous y atteler, bref, en un mot, c’est dur. Et ce n’est pas là de la flemme ou le fruit d’un caractère velléitaire, simplement le comportement normal et rationnel d’un être humain qui, disposant d’une quantité d’énergie limitée, doit choisir ses batailles. C’est d’ailleurs ce choix d’une bataille plutôt que d’une autre qui, bien plus que ce que nous décidons ou pas d’acheter, détermine nos identités, la façon dont nous sommes perçus et dont nous nous percevons nous-mêmes : notre priorité est-elle notre carrière, notre famille, ou encore tel ou tel hobby, projet artistique, associatif ou politique ?

Mais voilà que débarque aujourd’hui une machine capable de réduire à néant ou presque l’effort nécessaire pour accomplir un grand nombre de tâches jusque-là pénibles. En conséquence de quoi, on constate une explosion des soumissions de manuscrits à des éditeurs qui ne savent plus comment réagir et les cours fédérales américaines sont débordées de plaintes qui, sans l’IA, n’auraient jamais été déposées tant le jeu n’en valait pas la chandelle. Toutes les institutions humaines qui étaient régulées non par l’argent (écrire un roman ou déposer une plainte ne coûte pas grand-chose, financièrement parlant) mais par la friction sont menacées par l’IA, sans doute davantage et plus immédiatement que celles régulées par le marché.

À un niveau plus individuel, on ne mesure pas encore les conséquences qu’aura sur nous l’existence d’un bouton magique capable de transformer immédiatement nos idées en produit fini, sans que jamais la difficulté de l’exécution ne vienne nous barrer la route. Sans doute cela va-t-il nous pousser à valoriser encore davantage les idées et à considérer leur concrétisation pratique comme une basse besogne indigne de nous — tendance déjà à l’œuvre aujourd’hui dans la figure quasi mythique de « l’entrepreneur », dont la capacité à pondre des idées de boîtes justifierait le salaire mirobolant, quand bien même il aurait très peu contribué à leur réalisation.

Or on le sait, avoir une idée est à la portée de n’importe quel imbécile, c’est dans le travail qui suit que réside toute sa valeur et que se fera la différence entre une vague intuition sans avenir et une réalisation digne de mérite. À trop l’oublier, nous risquons de devenir des enfants capricieux.

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Le triste monde tragique de la technologie

Notre revue de presse de la tech déchaînée, par Ambroise Garel

(。々°)

BFMTV.com. Distancée par la Chine dans la course à la robotique, l’Allemagne souhaite rattraper son retard en proposant des robots « vraiment utiles ». Comprendre : pas des humanoïdes qui font les beaux devant les caméras, mais des machines destinées à l’industrie et chargées de câbler des bagnoles. « Le monde n’a pas besoin de robots qui dansent », a d’ailleurs déclaré le président de l’entreprise allemande Agile Robots, ce qui entre probablement dans le top 10 des phrases les plus allemandes jamais prononcées.

Epoch.ai. Epoch AI et Ipsos ont sorti un sondage très complet sur l’usage de l’IA par les Américains, avec de jolis histogrammes (j’adore les histogrammes) qu’on peut scinder par tranche d’âge, niveau d’études et revenus, ce qui donne plein d’infos intéressantes. On apprend par exemple que les 30-44 ans sont les plus susceptibles d’utiliser une IA comme compagnon, que les IA Meta sont celles des pauvres alors que Claude est celle des riches (mais que ChatGPT est loin devant dans tous les cas), ou encore que les gens les plus éduqués sont les plus nombreux à affirmer que l’IA leur a permis de se lancer dans des tâches qu’ils n’auraient pas entreprises sans elle.

OSF.io. Selon deux chercheurs de l’Université d’Amsterdam, il est temps de changer de paradigme (il s’agit du preprint d’une étude universitaire très sérieuse, on a donc le droit d’utiliser des expressions prétentieuses comme « changer de paradigme ») dans notre analyse des réseaux sociaux. Ces derniers ne sont plus des plateformes permettant à des individus d’entrer en relation mais, dans leur écrasante majorité, des tubes algorithmiques reliant des producteurs de contenu à des consommateurs passifs.

Futurism.com. La marque de sauce pour pâtes Prego va commercialiser un petit appareil destiné à enregistrer les conversations que les gens ont à table, par exemple pendant qu’ils mangent des pâtes. Notons, c’est assez rare pour être souligné par les temps qui courent, que le dispositif ne repose pas du tout sur l’IA et ne sera pas relié à un quelconque cloud mais vise uniquement, je cite à défaut de vraiment comprendre, à « pousser les gens à poser leur téléphone pour se parler pendant les repas ».

TheGuardian.com. On savait que les métiers du soin étaient dans le collimateur de la tech, mais on ignorait (ou en tout cas, j’ignorais) que l’un de leurs grands projets était l’uberisation de la profession d’infirmier. Oui, c’est aussi terrifiant que ce que vous imaginez.

PCMag.com. L’augmentation des prix de la RAM ne fait pas que des malheureux : les gros fabricants, comme Samsung Electronics, s’en mettent plein les poches. C’est pourquoi les employés du géant coréen ont posé un ultimatum à leurs boss. Ou bien ils acceptent de faire ruisseler une partie de ces profits exceptionnels, ou bien leurs salariés se mettent en grève à partir du 21 mai. Autant vous dire que cela n’arrangerait pas le marché de la mémoire vive, qui est déjà aussi tendu que moi (j’ai bu cinq cafés depuis ce matin).

LeFigaro.com. Des petits malins auraient trafiqué un capteur de température de l’aéroport Roissy-Charles-de-Gaulle afin de gagner un pari sur PolyMarket. Si tout cela relance bien sûr les questions habituelles sur l’éthique de ces plateformes, il n’empêche que l’idée d’un bookmaker dont les clients modifient l’état du monde pour le faire coïncider aux paris me plaît de plus en plus. Même Borges dans La Loterie à Babylone n’était pas allé aussi loin.


Les bons plans matos

Clavier Gaming mécanique sans fil MSI Forge GK600 TKL (70 €). Un clavier mécanique pour joueur à 70 € ? Si, si, c’est possible sans arnaque, avec quelques compromis (tout plastique, touches non rétro-éclairées, autonomie moyenne), mais pas tant que ça : triple connexion, caps en PBT et interrupteurs mécaniques lubrifiés.

Webcam Ugreen 1080p (19 €). Parfois, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures et si vous avez besoin occasionnellement d’une webcam, 19 € devraient suffire. Celle-ci est HD évidemment, se branche en USB-C et, même à ce prix imbattable, a le très bon goût de proposer un cache et un pied astucieux permettant de la poser à plat si besoin.

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La semaine du jeu vidéo

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Notre sélection d’articles

L’article gratuit de la semaine : Le hacking, ce mini-jeu mal aimé du jeu vidéo

Et aussi :

  • En test : Saros

  • À venir : Project Shadowglass

  • En test : I Am Jesus Christ


Les bons plans GamesPlanet

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Le contenu de la semaine

Fraîchement cueilli dans les fermes de contenu d’Internet, par Ambroise Garel

Pour changer des horreurs modernes générées par les IA du XXIe siècle, un peu d’horreur rétro, avec la voix synthétique d’un IBM 7094 qui, en 1961, était le premier ordinateur à chanter une chanson. Depuis, les machines n’ont plus jamais réussi à se taire.


À lire dans la partie premium

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➫ Internet d’office : La grande crise de l’IA arrive enfin (mais on ne sait pas laquelle)
➫ Terres rares d’élection : L’État veut réduire ses dépendances extra-européennes en matière de numérique
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